L’interview de Caroline George

caroline george

Tous nos remerciements à Caroline pour ce témoignage qui nous en apprend plus sur le regard des femmes guides de haute montagne !

Son site pour en savoir davantage sur son aventure : http://intothemountains.com/about-us/

1) Comment pensez vous pouvoir améliorer la pratique féminine de votre sport ?

On pourrait améliorer la pratique féminine en créant plus d’événements exclusivement pour les femmes pour qu’elles se sentent moins intimidées à faire le premier pas. Maintenant qu’il y a de plus en plus de femmes guides, les femmes se sentent aussi plus à « égal » en engageant des femmes. Ça atténue cette impression d’être inférieur au guide homme et d’être plus sur la même longueur d’onde.

Les femmes ont besoin de soutien psychologique en montagne plus que les hommes et je pense que les femmes guides sont peut être un peu plus sensibles à ça Les réseaux sociaux sur internet aident aussi à communiquer sur ce que font certaines femmes et du coup, les femmes intéressées peuvent se dire: « ah, c’est une femme qui fait ça, c’est donc possible aussi pour les femmes et je vais trouver les moyens pour m’initier et peut être qu’un jour, moi aussi je pourrai… ».

2) Quelle femme sportive vous inspire ? Pourquoi?

Je suis inspirée par Hilaree O’Neill qui est une skieuse pour The North Face. C’est une amie de longue date. Elle a eu deux enfants et continue a faire des expés et l’année passée, elle a fait l’Everest et le Lothse en 48hr. Autant ces hauts sommets ne m’inspirent pas tant, mais le fait qu’elle arrive à concilier l’aspect mental d’être maman et de continuer à s’investir de la sorte pour son sport et accepter la prise de risque et le temps loin de sa famille que ça implique, c’est pas évident.

Ines Papert aussi est exceptionnelle parce que ce n’est pas évident d’avoir un gros niveau et d’être maman en même temps. Je me souviens de l’époque où on faisait les compétitions de glace et qu’elle allaitait entre les trois blocs de la compétition de bloc.

Bref, je suis particulièrement impressionnée par les mamans alpinistes ou fortes grimpeuses qui concilient leur passion et la maternité, parce que c’est ce que je vis en ce moment. La différence, c’est qu’en plus d’essayer de faire des voyages et de grimper en glace a ma limite, je bosse comme guide et comme traductrice alors des fois, c’est un peu beaucoup à gérer avec un enfant, mais c’est un apprentissage de tous les jours et un équilibre à trouver.

3) Avez-vous grandi dans un milieu culturel et social qui correspond à celui de votre sport de prédilection?

Oui, j’ai grandi dans ce milieu. Mes parents faisaient beaucoup de montagne. Et beaucoup ensemble. Ils ont fait le pilier Gervassutti, la noire de Peuterey, des voyage grimpe au Maroc, en Algérie, la première féminine et non espagnole de la face ouest du Picu Urriellu dans les Picos de Europa en Espagne quand mon frère avait 4 mois (!!!), etc. Ça m’a beaucoup inspirée mais quand j’étais petite, j’ai eu beaucoup de mal à trouver ma place dans cette famille si forte, du coup, j’ai détesté la montagne, la grimpe, jusque tard dans l’adolescence. Puis dans c’est venu, j’étais accro et mes parents me demandaient de moins faire tant j’en faisais. Plus qu’une activité, c’était devenu une identité. Exister par le fait d’être en montagne et de faire de la montagne.

Si oui : comment auriez-vous pu parvenir à pratiquer ce sport si vous aviez évolué dans un autre milieu ?

Je suis née et j’ai vécu en Suisse où le club alpin fait beaucoup pour promouvoir la montagne, pour les grands et les petits. Donc j’aurais pu m’inscrire au club alpin et suivre des formations avec le club alpin pour devenir indépendante. Aussi, à l’université, il y avait beaucoup d’activités montagne offertes donc ça aurait été un autre moyen d’apprendre et surtout, de rencontrer des gens partageant les mêmes motivations.

C’était une valeur familiale si forte que je ne pouvais que m’incliner devant cette valeur pour faire partie de ma famille… c’est mon interprétation. Mais enfant, nous avons fait beaucoup de voyages escalade, à voyager dans un bus VW et ce sont mes meilleurs souvenirs d’enfance. Ensuite, une fois que j’ai décidé de m’y mettre, j’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. J’ai commencé à faire les compétitions de glace par pur hasard, sans en avoir le niveau et comme il y avait peu de femmes, j’ai pu être sponsorisée et du coup, j’ai pu voyager pour faire ces « compét ».

J’ai ainsi retrouvé ces sensations de voyage d’enfance pour grimper. Mais très vite, j’ai compris que les « compet », c’était pas mon truc et que je voulais aller en montagne et en faire ma vie.

Apres mes études de droit, j’ai tenté de pratiquer le droit, mais je voulais que ma vie soit faite de montagne et de voyages et du coup, je me suis investie dans les cours de guide tout en continuant a faire beaucoup de montagne et a voyager pour faire beaucoup de glace et à avoir le soutien de sponsors pour le faire. Donc, j’ai eu beaucoup de chance mais j’ai aussi tout axé pour que tout ça marche dans ce sens. Ça n’a pas toujours été facile. Et maintenant avec un enfant, il faut vraiment le vouloir pour que ça se passe, mais je trouve important d’avoir une passion pour équilibrer la vie de maman.

4) Un mot à dire aux lectrices qui rêvent de vaincre des sommets et progresser dans leurs pratiques?

Il faut avoir un but et ne pas le perdre de vue. Si on veut faire de la montagne, il faut se donner les moyens de le faire, de manière « safe », soit en apprenant les bonnes techniques, soit en engageant un guide pour le faire. Mais tout rêve peut devenir une réalité, même avec une famille. Il faut juste le vouloir assez fort.

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